Interviewing Swiss Shepherds

by May 2, 2019Interviews0 comments

To better understand the practice of mobile pastoralism in Switzerland, DiversEarth’s Sandra Spissinger and intern Jade Boudet spent two days interviewing and photographing three shepherds – all very different in character and way of working. The first – Mr. Imberti – is a sheep farmer of Italian origins working in the Jura; the second – Mr. Pradervand – has milk cows in Saint Cergue; and the third – Mr. Desbiolles – has cattle for meat on the Salève. They each loved explaining their jobs and did so with passion. View the photographs here.
Sandra’s academic and professional background reaches from hotel management, Business Economics, Environmental Management to Ethnobotany. She is passionate about nature and tries to spend as much time as possible exploring it.

C’est un beau jour d’été début juillet que Jade, notre photographe stagiaire et moi-même nous rencontrons M. Jean-Jacques Imberti. Il est le dernier berger dans le canton de Genève qui pratique encore la transhumance (déplacement saisonnier à travers le paysage d’un troupeau en vue de trouver de la nourriture) avec ses moutons. Il a hérité la passion pour ce métier de son père, un pasteur qui est né dans les Alpes Bergamasques. La Suisse a une longue tradition d’échange des bergers avec cette région au nord de l’Italie.

Dans la voiture de M. Imberti, nous grimpons les routes escarpées et  difficilement praticables même pour un 4×4, pour rencontrer Mario, son berger qui s’occupe de son troupeau d’environ 800 moutons. Les moutons passent l’été aux alpages du Curson et de la Calame en dessous du Reculet, dans le Jura.

En automne, ils vont descendre à pied en 2 – 3 jours et passent quelques semaines dans une ferme au pied du Jura avant de continuer leur route jusqu’à la ferme Vecchio à Vessy, Genève où ils vont passer l’hiver. Et au printemps le chemin reprend en sens inverse.

La vue sur le lac Léman et les Alpes au fond est spectaculaire depuis l’alpage. Mario converse avec M. Imberti en bergamasque, sa langue natale et lui fait part la sécheresse de l’été qui commence à lui faire du souci. Pendant qu’il pleuvait abondamment à Genève le soir d’avant, les crêts du Jura sont restés secs.

Le berger est accompagné et aidé par ses chiens, 2 chiens berger qui l’aident à tenir le troupeau ensemble et deux patous, qui assurent la sécurité du troupeau face à des prédateurs tels que le loup ou le lynx. Les moutons de M. Imberti n’ont pas encore subi une attaque de loup, mais il le craint. Le traumatisme laissé sur le troupeau par une telle attaque est énorme et difficile à gérer. Or, les patous peuvent aussi lui causer des ennuis. Il se peut, très rarement, qu’ils s’attaquent des randonneurs.

Jean-Jacques Imberti est content d’avoir Mario comme berger. Il est difficile de trouver des bergers bien formés et fiables. Les jeunes qui suivent une formation de berger ont souvent un image éloigne de la réalité du métier de berger. Un pasteur doit avoir un caractère bien solide et aimer la solitude.

Ses moutons sont de la race Rouge de l’Ouest qui est une bonne race pour la viande. Ils sont vendus à des boucheries à Genève. Avec ses environs 15 moutons par semaine, cela lui fait une part de marché genevois d’environ 1%. La laine de ses moutons est vendue à une entreprise en Suisse-Alémanique qui s’est fixé pour but de revaloriser ce produit en fabriquant des couvertures et du matériel d’isolation principalement.

“Les agriculteurs et bergers étaient les premiers écologistes du monde. Et ils nourrissent le monde.”

Mais, selon lui la population ne valorise plus ni leur travail ni de la bonne nourriture. C’est avant tout le prix qui est regardé. Le fourrage durant l’hiver vient des prairies dans le canton de Genève, qu’il exploite.

Après avoir pris le repas de midi ensemble avec Mario, nous le quittons pour retrouver Genève en espérant de cette vieille tradition de la transhumance va pouvoir perdurer dans le basin lémanique.

Quels aspects de votre travail vous rendent heureux ?

Le contact avec les bêtes!

Quels sont les moments difficiles ou vous vous doutez de pratiquer la bonne profession ?

On nous met des bâtons dans les roues. Nous, les agriculteurs et pastoralists, nourrissons la planète, mais on oublie cela. Tous les maux sont de notre faute, la pollution, etc.

C’est difficile de trouver des bergers bien formés. Il faut avoir un caractère très spécial pour ce métier : aimer la solitude, gérer des problèmes, être indépendant, etc. Il y a des jeunes qui se forment, mais ils ont souvent un image éloigne de la réalité du métier et ne tiennent pas longtemps.

Il avait pendant quelques mois, une femme bergère, très petite de taille. Il ne pouvait pas la laisser gérer le troupeau en montagne, le travail physique est trop dur pour elle. Il y a aussi des jeunes qui deviennent berger pour fuir une vie citadine difficile, mais qui ont beaucoup de problèmes. Ceux, ne sont pas assez solides.

Et il y a des fumeurs de joint. On ne peut pas compter sur eux. Souvent les bergers sont soit des coureurs de jupes (les bergers ont beaucoup de succès parmi les femmes. Pas, Mario le berger actuel, il n’est pas doué en femme! Il avait une copine roumaine mais elle l’a quitté. Le fameux berger Luigi Communelli, lui avait un succès fou. Ce n’était pas lui qui courait derrière les femmes, c’était elle qui venait le chercher). Souvent, les bergers sont des adeptes d’alcool.

La plupart de ses bergers viennent d’Italie, du village de son père, près de Bergamo. Dans le Jura, les périodes de sécheresses sont de plus en plus marquées et le manque d’eau devient un problème. Le soir avant notre arrivée, il avait plus énormément à Genève mais pas une seule goutte dans le Jura.

Aujourd’hui les gens ne valorisent plus la nourriture. Il faut qu’elle soit bon marché. Ils ne peuvent pas économiser sur leurs loyer ou les assurances, ils ne veulent pas renoncer aux vacances et à leur voiture, c’est donc l’alimentation, ou ils essaient de moins dépenser.

Conseillerez-vous à votre fille ou votre fils de faire votre métier ?

Ca devient trop compliqué. Mais si je suis honnête, au fond de mon coeur je serai content si mon fils devienne berger.

Vous avez quel type de bétails ? Combien ?

800 moutons, race Rouge de l’ouest, une race très bien pour la viande, moins bien pour la montagne. Mais comme c’est la viande que nous vendons, nous avons choisi une bonne race pour la viande. Et les bêtes s’adaptent avec le temps.

Il est un des plus grands producteurs de viande d’agneau à Genève. Cela représente environ 1% du marché. Le reste vient de quelques autres producteurs locaux, de la Suisse alémanique et du Tessin et puis il y a aussi beaucoup de viande d’agneau qui est importé de la Grande-Bretagne et de la Nouvelle Zélande.

Comment vendez-vous vos produits? (Vente directe, par des grossistes, lié à une coopérative, etc)

La viande est vendue à l’entreprise Ultra Label Food, qui vend de la viande à des restaurateurs, et cantines principalement. Durant l’été, ce sont 15 agneaux par semaines. Il recommence à vendre la laine à l’entreprise Fiwo qui essaie de promouvoir l’utilisation des produits faits en laine (isolation, couverture, fertilisants etc). Il ne fait pas de fromage. Ce serait une toute autre infrastructure. Au début il y avait songé, mais il s’est décidé pour la viande.

Cultivez vous aussi des fruits, légumes ou céréales ?

Il cultive du blé, du soja, du mais et tournesol, et il a de la vigne. C’est le beau-père qui a un grand domaine viticole, qui fait la vinification. Et il a des prairies pour fournir le fourrage durant l’hiver. Ces prairies sont à Genève principalement.

Avez-vous des certifications (Bio Suisse, Demeter, etc.)

Non, il n’y a pas beaucoup de labels bios pour la viande. Et il n’est pas sur si cela rapporte quelque chose. Les vignes et céréales ne sont pas bio non plus. Il pense qu’il est né soit 10 ans trop tard ou trop tôt pour avoir le courage de faire cette conversion.

Avez-vous encore un autre métier?

Non, pas maintenant, mais avant. Il a beaucoup voyagé et travaillé dans d’autres pays. Il fait parti des Vieux Grenadiers à Genève.

Avez-vous repris votre ferme de vos parents?

Il a appris le métier de berger de son père, qui est venu en Suisse. Il est originaire des Alpes Bergamasques. Cela fait 7 générations au moins que la famille sont des bergers. Il a un fils de 7 ans.

Etes-vous propriétaire des terres où pâturent vos bêtes?

Non, il loue la ferme de Pergy, à Challex et aussi la ferme Vecchio à Vessy. Les pâturages dans le Jura appartiennent à des communes ou sont dans les mains privés.

Le retour des loups, vos réflexions?

Je n’ai rien contre le loup, tant qu’il n’attaque pas mes troupeaux. Le problème c’est le traumatisme qui reste après une attaque. Déjà après une vaccination, le troupeau a besoin de quelques jours pour retrouver la confiance, alors vous imaginez après une attaque de loup ou de lynx. Les bêtes ne sont pas différentes de nous, c’est la même chose.

Il n’a pas encore subi d’attaque, mais il sait que le loup est de retour dans le Jura. Il a deux chiens patou. Mais ces chiens créent des problèmes aussi. Une fois un patou a mordu une femme qui faisait de la randonnée. Cette femme a traité M. Imberti de terroriste car il laisse des chiens si dangereux dans la montagne. Il ne sait pas pourquoi des patous attaquent parfois des randonneurs. Il pense que c’est peut-être leur odeur?

Vous-sentez-vous soutenu par la population?

Les agriculteurs, on les accuse souvent d’être responsable de beaucoup de problèmes. Les gens ne comprennent plus ce métier et son importance. Il s’est fâché un jour avec un monsieur qui laissait son chien faire caca dans sa prairie. Il a expliqué à ce monsieur que ce caca saoule le fourrage pour des moutons et peut même amener des maladies. Mais ce monsieur, comme beaucoup de monde, n’avait rien à foudre de des explications.

Faites-vous parti des associations qui luttent pour les droits des bergers et agriculteurs?

Il est membre du syndicat d’élevage du menu bétail de Genève et de l’association qui gère les pâturages dans le Jura.

Est-ce-que le travail que vous faites pour entretenir les paysages, est-il valorisé ou rémunéré? Si oui, de quelle manière?

Il reçoit une certaine somme par tête de bétail. Or pas en ce moment, car ses bêtes sont en France pendant l’été et ne pas en Suisse.

Avez-vous déjà entendu le terme « connaissances écologiques traditionnelles ». Si oui, pensez-vous que vous transmettez ces connaissances? De quelle manière?

Bien sur, j’ai déjà entendu ce terme. Mais ca veut dire quoi ? C’est un terme beaucoup trop vague. Les agriculteurs étaient les premiers écologistes du monde. Mais le monde semble avoir oublié cela.

Trouvez-vous que votre travail a une partie spirituelle ? Décrivez?

Je ne sais pas quoi dire.

Connaissez-vous des veilles contes ou chansons liée à votre métier ? Vous les racontez, vous les chantez ?

Nous ne sommes pas des bergers corses, donc nous ne chantons pas. Et les histoires, ce sont les murs ici qui en connaissent.

Il y a un autre berger qui a ses moutons dans le Jura. Il fait aussi du fromage et il a crée un théâtre à sa ferme. Lui même joue dans les pièces de la ferme Pré Valard.

Il monte à pied avec ses moutons du Plateau de Vessy à Genève, d’abord sur des pâturages au pied du Jura et puis ils montent dans l’Alpage du Curson et de la Calame, en-dessous du Reculet.

Durant les mois d’été, M. Pradervand, cet agriculteur de Céligny, fait brouter ses 80 vaches laitières de la race Swiss Flexvieh sur deux alpages dans le Jura. Fin septembre, dans la traditionnelle « Desalpes », ses jolies vaches tachetées brunes et blanches vont redescendre à pied jusqu’à la ferme familiale de Céligny.

Les vaches sont traites deux fois par jour. En été leur lait est transformé en Gruyère à la fromagerie de Saint George. Durant l’hiver c’est la laiterie réunie de Genève qui achète leur lait.

Les vaches peuvent attraper une maladie à cause des cacas des chiens dans les prairies. Cette malade les fait avorter leur veau.
Les vaches mangent pendant 15 heures et dorment très peu.

Ils font la Desalpes, normalement le dernier samedi du mois de septembre. Ca prend environ 4 heures pour descendre à Céligny. L’été les vaches sont montées en camion. L’hiver les vaches sont dans les étables mais doivent sortir au moins durant 13 jours par mois.

 

Dans son métier, ce qu’il aime c’est le travail avec des bêtes à l’extérieur au rythme des saisons. Le prix de seulement 30 cts par litre qu’il reçoit pour ce lait de grande qualité, lui plait moins. De même que le fait que la paperasse et les contrôles qu’on lui demande de faire prennent de plus en plus de temps et d’énergie.

Sa ferme n’a pas le label bio, car produire le fourrage de ses vaches durant l’hiver en agriculture biologique demandera plus de main-d’oeuvre qui coute très cher en Suisse. Or tout est local et exploité selon un système extensif. Il nous explique que ces 30 – 40 dernières années, les gens ont perdu la notion de l’agriculture.

Auparavant, tout le monde avait quelqu’un dans sa famille qui était agriculteur. Mais aujourd’hui, les gens ne savent plus, ce qu’est une vache. Il reçoit des subventions pour entretenir les alpages afin d’éviter l’avancée de la forêt sur des pâturages, ces habitats précieux pour de nombreux plantes et insectes. C’est très bien, mais nous, les agriculteurs, notre fonction primaire est de nourrir et pas seulement de faire l’écologie, déplore Didier Pradervand. Malheureusement, ceci est souvent oublié.

On ne nous encourage pas en Suisse. Au contraire, l’agriculture est une monnaie d’échange. On préfère importer la nourriture moins chère d’autres pays pour en vendre des montres ou des machines, explique M. Pradervand.

L’agriculture est une tradition familiale depuis au moine 4 générations. Son frère est aussi agriculteur et fabrique son propre fromage sur un alpage à la Givrine.

“L’agriculture devient une monnaie d’échange. On importe la nourriture moins chère d’autres pays pour en vendre des montres ou des machines. On fait que nous dire qu’on produit trop cher, mais nous n’avons pas les mêmes normes que ailleurs. Rien qu’en France ils n’ont pas les mêmes normes, les couts de la construction est divisé par 2 voie 3. Les salaires sont beaucoup plus hauts.”

Donnez 3 mots pour décrire votre métier?

Nature, amoureux d’animaux, paprassier.

Quels aspects de votre travail vous rendent heureux ?

La nature et le travail à l’extérieur avec le bétail, et avec la méteo au rhythme des saisons.

Quels sont les moments difficiles ou vous vous doutez de pratiquer la bonne profession ?

Quand on veut faire les grands. Le travail presque industriel. C’est le chalet d’alpage qui fait qu’on continue. C’est 30 cts le litre pour un lait industriel, or c’est du lait d’alpage. C’est mal équilibré. L’alimentation ne vaut plus grande chose. Notre travail n’est plus vraiment connu et mal payé.

Conseillerez-vous à votre fille ou votre fils de faire votre métier ?

Je ne l’empêcherai pas de le faire mais je ne le conseillerai pas.

Si oui, quels seront vos conseils pour eux ?

Les conseils, les meilleures expériences on les fait soit même, non ?

C’est quoi le bonheur pour vous?

C’est la réussite, quand on a réussi quelque chose, on est content. Des fois on loupe.

Vous avez quel type de bétails ? Combien ?

80 vaches sur deux alpages près de Saint Cergue, de la race Swiss Fleckvieh, une race laitière mais aussi pour la viande.

Que faites vous avec vos bêtes ? (Vente aux boucheries, lait, fromage, laine)

Le lait est vendu à la laiterie de Saint Georges durant l’été qui fabrique du gruyère. Ils passent deux fois par jour chercher le lait. Durant l’hiver, le lait est vendu à la Laiterie Réunie à Genève.

Cultivez vous aussi des fruits, légumes ou céréales ?

Il cultive aussi des céréales pour le fourrage.

Avez-vous des certifications (Bio Suisse, Demeter, etc.)

Non, c’est difficile. Il produit le fourrage dans la plaine, le mais, et avec la sécheresse les mauvaises herbes plus bien mieux que les plantes fourragères. Et les mauvaises herbes sont de plus en plus présentes. Si on pouvait revenir à une époque où il y avait beaucoup plus de monde qui travaillaient dans les fermes, on pourrait faire du bio. A l’époque notre domaine, il y avait 8 – 10 travailleurs. Aujourd’hui j’ai deux employés et le domaine a triplé de taille.

D’un point de vue financier, le bio est attractif, mais il faut alors le faire comme il faut. Nous pratiquons déjà un système extensif et nous sommes dans les normes bios européens. Ici en Suisse, nous sommes bien en avant dans le respect de la nature, de la terre et des animaux. Si les autres pays d’ou on importe les aliments auront les mêmes normes que nous ce serait autre chose. Le bio qu’on nous demande de faire n’est pas équitable avec le bio qu’on importe.

Avez-vous encore un autre métier ?

Non.

Avez-vous repris votre ferme de vos parents ?

C’est un domaine familial du arrière grand-père. Lui, Il a repris à un cousin de son père.

Etes-vous propriétaire des terres où pâturent vos bêtes ?

Il est propriétaire de la ferme à Céligny, et il loue l’alpage à la commune de Saint Cergue et à un cousin.

Comment votre métier a-t-il changé ces dernières 20 – 30 années ?

Cela ne fait pas 20 ans que je pratique, mais oui ca change comme tous les métiers. C’est surtout l’administratif qui change. On nous demande de faire de plus en plus de paperasse.

On est beaucoup plus contrôlé. En trente ans les gens ont perdu la notion de l’agriculture. Il y a trente ans tout le monde avait quelqu’un dans sa famille qui était agriculteur. Mais aujourd’hui les gens ne savent plus, ils ne savent plus ce qu’est une vache. On est plutôt montré du doigt quand il y a de la pollution et on oublie un peu les autres. Et maintenant avec ces mouvements végans ou antispeciste, ca devient difficile.

Le retour des loups, vos réflexions ?

Il n’y a pas de problèmes avec les loups. Il pourrait s’attaquer à un veau, mais ils sont gardés à l’intérieur durant la nuit. Et la grande partie des naissance est pendant l’hiver alors les veaux on déjà une certaine taille.

Faites-vous parti des associations qui luttent pour les droits des bergers et agriculteurs ?

Oui, on est obligé de faire parti de la PSL (producteurs suisse de lait) nous n’avons pas le choix. On nous retient une certaine somme sur le prix du lait pour faire fonctionner ca. Ils nous aident avec le marketing.

Pensez-vous que votre métier est bénéfique pour la biodiversité et les paysages?

Oui, c’est sur et encore plus en altitude dans les alpages.

Est-ce-que le travail que vous faites pour entretenir les paysages, est-il valorisé ou rémunéré ? Si oui, de quelle manière ?

Oui, le travail d’entretien des alpages est subventionné. Ils sont contrôlés tous les 2 – 3 ans. On doit lutter contre les plantes indésirables et contre l’avancement de la forêt. C’est une subvention globale et on doit entretenir les pâturages.

La lutte contre les plantes indésirable c’est de les arracher ou un traitement plante par plante. Il y a des plantes qui sont toxiques pour les vaches. On ne les connaît pas tous. Et les vaches réagissent différemment. Il y en a qui sont plus ou moins tolérants. Mais il y a des intoxications alimentaires.

Avez-vous déjà entendu le terme « connaissances écologiques traditionnelles ». Si oui, pensez-vous que vous transmettez ces connaissances ? De quelle manière ?

Oui, c’est un terme qu’on connaît. L’écologie on fait chaque année un peu plus. Mais il faut un juste équilibre. L’écologie il le faut mais notre rôle est aussi de produire et de nourrir, mais ca il n’y a personne qui nous pousse à le faire. Faites pas trop ca, on importe moins cher et faites l’écologie. Ca c’est un problème.

Connaissez-vous des veilles contes ou chansons liée à votre métier ? Vous les racontez, vous les chantez ?

Non, pas tellement, peut-être quand je serai vieux. Mon grand-père m’en a surement raconté, mais je ne me souviens plus. La mémoire.

Notre rendez-vous avec M. Pascal Desbiolles, un agriculteur de Meinier (Genève), nous a amenés en haut du Salève, la montagne parfois appelée le balcon de Genève. Il a environ 240 bovins ici repartis sur trois alpages. Il nous amène sur le premier alpage où se trouvent des vaches allaitantes avec leurs petits veaux mâles. Ces bovins sont de la race Aubrac, qui vient
du Massif central en France, une région qui a un climat comparable au Salève. Ils ont tous des couleurs brunes avec des yeux soulignés dans une couleur plus claire, ce qui leur donne un aspect presque « maquillé » et un regard « rêveur ». Nous pouvons sans problème approcher les bêtes et quelques-uns se laissent même caresser. Quel joli moment !

Cela fait 4 générations que les Desbiolles sont des agriculteurs. M. Desbiolles a hérité l’amour pour ce métier de son père, mais aussi de son grand-père maternel qui avait des moutons avec lesquels il montait à pied sur les alpages à Flaine, dans les Alpes en France. Ses enfants vont normalement reprendre le flambeau, ils font des formations agricoles. Il est content d’avoir pu leur transmettre sa passion.

Pour lui, c’est le contact avec les vaches qui lui plaisent particulièrement et le vêlage (naissance des veaux). « C’est un moment très particulier », m’explique-t-il. « Dans la plupart des cas, la vache se débrouille toute seule, mais je suis là pour intervenir si nécessaire ». Les vaches passent les mois d’été sur ces belles prairies en haut du Salève, et l’hiver à la ferme à Meinier. Le trajet entre ces deux lieux se fait en camion, et ne plus à pied comme le
faisait encore son grand-père. Avec la circulation d’aujourd’hui c’est devenu trop compliqué à gérer.

Sa ferme est certifiée en bio depuis 5 années. Ses animaux sont exclusivement nourris à l’herbe. Ce sont plusieurs entreprises et boucheries, qui lui achètent ses bêtes. La viande est principalement pour les restaurateurs. Il n’a aucun problème à vendre ses bêtes. Mais si
jamais la Suisse devra signer un accord de libre-échange avec le Mercosur, il devrait arrêter son exploitation. Contre cette viande, beaucoup moins cher des pays d’Amérique du Sud, il n’aura aucune chance.

Nous passons sur le deuxième alpage où paissent paisiblement les vaches mère avec leurs petits veaux femelles. Ici, nous rencontrons son berger qui travaille pour la famille Desbiolles depuis plus que trente ans.

Auparavant, il recevait des subventions fédérales pour la mise à l’alpage de ses bovins. Mais la Confédération a arrêté ces paiements, car les alpages sont sur territoire français et non helvétique. Lui et ses collègues genevois ont néanmoins décidé de continuer, sans subventions.

“Grâce à notre travail, les alpages restent ouverts et ne se ferment pas. Nous entretenons ces belles prairies, comme celle-ci. Et si les bêtes ne les broutent pas, c’est perdu. Petit à petit, il y aura d’abord des buissons et puis des arbres, avec beaucoup moins de diversité.”

M. Desbiolles nous montre la diversité des prairies, selon leur situation, exposé sud ou nord, plus haut sur la crête ou plus bas.

À la fin de la visite, nous allons voir un des deux taureaux, qui broutait paisiblement. Surprise, ce magnifique animal n’était pas la bête farouche comme je l’avais imaginé. Cela fait plaisir de rencontrer des gens comme Pascal Desbiolles passionnés par leur métier. Merci beaucoup pour cette visite.

Quels aspects de votre travail vous rendent heureux ?

Je suis passionnée par mon métier. Une passion que j’ai recu des mes parents, mais aussi de mon grand-père maternel qui avait 2 – 3 000 moutons avec lesquels il montait à Flaine durant la saison estivale. C’est lui qui ma transmis l’amour pour les animaux. Il est malheureusement mort trop jeune pour moi. J’avais que 10 ans.

J’aime beaucoup le vêlage (naissance des veaux). C’est un moment très particulier. Dans la plupart des cas, la vaches se débrouille toute seule, mais je suis là pour intervenir si nécessaire. Je n’ai pas du appeler un vétérinaire souvent, il me semble que deux fois en dix ans. Les veaux naissent généralement entre octobre à novembre à la ferme. C’est plus facile à gérer en cas de problème.

Quels sont les moments difficiles ou vous vous doutez de pratiquer la bonne profession ?

Pour le moment nous arrivons à vendre nos bêtes à un bon prix et même sans les subventions pour l’entretien des alpages et pour les bêtes ca va. (M. Desbiolles n’en reçoit plus, car il estive ses bêtes en France et la Suisse a décidé de ne plus subventionner ces bêtes. Il y a plusieurs agriculteurs genevois qui sont touché par ca). Mais si jamais il y aura un accord de libre-échange avec Mercosur (pays de l’Amérique de Sud) je n’aurais aucune chance contre leur viande tellement moins chère. Je devrais fermer.

Conseillerez-vous à votre fille ou votre fils de faire votre métier ?

Ses deux enfants font des formations comme agriculteurs et ont prévu de continuer la ferme familiale qui existe depuis 4 générations. Il est très content qu’il ait pu transmettre sa passion à ces enfants.

C’est quoi le bonheur pour vous?

C’est le contact avec mes vaches. J’ai autant de plaisir à regarder une belle vache qu’un beau tracteur.

Vous avez quel type de bétails ? Combien ?

Des vaches, de la race Aubrac, une race originaire du massif central en France. Il a environ 80 vaches par alpage, sur 3 alpages.

Que faites vous avec vos bêtes ? (Vente aux boucheries, lait, fromage, laine)

Les bêtes sont vendues à plusieurs entreprises et bouchers, la plus grande partie est pour les restaurateurs. Depuis cette année il a un partenariat avec la Migros qui lui a acheté déjà deux bêtes. La viande est vendue sous le label « GRTA (Geneva Région Terre d’avenir) dans deux Migros à Genève.

Les veaux males sont vendus à la fin de l’été à un engraisseur Swiss Prime Beef. Il garde que les femelles.

Cultivez vous aussi des fruits, légumes ou céréales ?

Il a des prairies à Genève pour le fourrage pendant l’hiver et un peu de mais et blé.

Avez-vous des certifications (Bio Suisse, Demeter, etc.)

Certification Bio Suisse depuis 5 ans. Il est plus facile de se faire certifier quand on travaille avec les bêtes qui sont nourris que avec de l’herbe. Les bêtes fournissent le fumier nécessaire pour la fertilisation. La production des céréales (blé, mais, soja) est beaucoup plus compliqué à faire en bio.

Avez-vous encore un autre métier?

Non.

Avez-vous repris votre ferme de vos parents?

C’est la 4 ème génération. Mère et père viennent des familles agriculteurs.

Etes-vous propriétaire des terres où pâturent vos bêtes?

Il est propriétaire de deux alpages sur le Salève. Ces alpages ont été achetés par son grand-père. Il loue un 3ème alpage. La ferme à Meinier est aussi à lui.

Vous-sentez-vous soutenu par la population?

Pas trop. J’essaie parfois d’expliquer aux gens ma manière de travailler, avec un système extensif, pâturage pendant l’été, bio. etc. Mais les gens ne s’intéressent pas trop à ca. Ils ont plus envie de parler de l’agriculture industrielle.

Faites-vous parti des associations qui luttent pour les droits des bergers et agriculteurs?

Oui, je suis vice-président de l’association ASSOCIATION FONCIERE PASTORALE DU MONT SALEVE.

Pensez-vous que votre métier est bénéfique pour la biodiversité et les paysages?

Grace à notre travail, les alpages restent ouverts et ne se ferment pas. Nous entretenons ces belles prairies, comme celle-ci. Et si les vaches ne les broutent pas, c’est perdu. Petit à petit, il y aura d’abord des buissons et puis des arbres, avec beaucoup moins de diversité.

Regardez mes alpages, chacune est différente. Celle-ci est face sud, donc beaucoup plus sec et plus d’insectes comme des grillons par exemple. L’autre alpage a d’autres plantes. (C’est vrai que les pâturages ont belle allure. Rien à voir avec les alpages sur-pâturés et remplis de pissenlits et d’autres espèces nitrophiles).

Est-ce-que le travail que vous faites pour entretenir les paysages, est-il valorisé ou rémunéré ? Si oui, de quelle manière ?

Non, nous ne touchons pas les subventions suisses pour l’entretiens des alpages, vue que nous nommes en France. Et il y a quelques années la Confédération a décidé de nous aussi enlever les subventions que nous recevons pour les bêtes. Les agriculteurs français ici reçoivent des subventions. Moi et plusieurs de mes collègues genevois, nous avons décidé de continuer sans subventions.

Nous avons été à Berne au Palais fédéral pour discuter de cela, et plusieurs politiciens de la Suisse alémanique m’ont regardé avec des grands yeux quand ils sont appris que je continue sans subventions.

Trouvez-vous que votre travail a une partie spirituelle ? Décrivez?

Difficile cette question.

Connaissez-vous des veilles contes ou chansons liée à votre métier ? Vous les racontez, vous les chantez ?

Mon grand-père le faisait, mais pas moi.

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